Une vie de yoga plus qu’une vie de yogi

Dernièrement, j’ai rencontré de nouveaux élèves tous plus étonnés les uns que les autres de mon mode de vie. Si l’attention portée à l’alimentation et les pratiques liées à l’ayurvéda par exemple ont une place importante dans mon quotidien, je reste « flexitarienne », ouverte aux apéros entre amis et aux bbq estivaux par exemple…

Ainsi, je ne peux pas, à la grande déception de certains semble-t-il être qualifiée de yogini. Si ma pratique et l’étude des asanas et pranayamas font partie de mon sadhana, je n’ai pas un l’engagement total qu’imaginent certains. L’ascétisme lié au yoga reste pour moi incompatible avec ma vie de mère de famille, de femme… en 2021 en France ( bien que le contexte sanitaire aurait pu m’y aider!)

« L’étude du yoga ne ressemble pas à la préparation d’un diplôme ou d’un grade universitaire que l’on désire obtenir dans un temps déterminé. » B.K.S.Iyengar, extrait de la Bible du yoga

Se sont ces remarques et cette citation de BKS Iyengar notamment qui me pousse aujourd’hui à faire un point sur mon sadhana, sur ce qu’implique la pratique du yoga et sur ce qui peut être attendu d’un yogini.

D’une part, j’ai poursuivi assez longtemps des études universitaires pour comprendre qu’il arrive un point où nous pouvons être considérés comme prêts pour un examen, un point où nous avons les connaissances requises. A contrario, le yoga qui explore à la fois les ressources du corps et de l’esprit est une pratique qui évolue chaque jour, selon chaque individu, qui le façonne et qui recouvre à chaque voyage une nouvelle réalité. Il n’ y a pas , au delà d’une terminologie et de conseils pratiques, une réalité commune de ce qu’est le yoga pour chaque personne. Il me semble essentiel de rappeler que nous sommes le pratiquant de yoga qui correspond à notre vie et notre personne à un moment sans besoin de répondre à des critères de bons ou de mauvais yoginis.

Les connaissances sont toujours à approfondir, l’apprentissage, la découverte de soi même à travers n’a pas de fin, n’a pas de but.

D’autre part, un point qui me semble essentiel pour avoir une pratique juste est directement liée à cette notion d’objectif qui n’existe pas. Les études classiques amènent à un diplôme qui est l’enjeu final tandis je n’ai pas pour ambition de répondre à toutes les critères décrits par BKS Iyengar pour être la meilleure étudiante de yoga dans les prochaines années, et je ne souhaite pas avoir su réaliser tous les asanas qu’il propose comme une performance physique. Par contre, je souhaite apprendre chaque jour comment adapter au mieux les asanas, les règles de vie dont il parle (niamas..) à ma personne selon mes possibilités, selon mon contexte à un instant T.

La découverte perpétuelle permise par le yoga est une stimulation à la fois intellectuelle, spirituelle et physique incroyable qui en font une pratique de toute une vie. Ma vie tourne autour du yoga mais le yoga ne dirige pas ma vie.

Ainsi, si le yoga a une place prépondérante dans ma vie, chacun de mes comportement n’émane pourtant pas directement de sa philosophie. Ma vie de française en 2021 ne semble honnêtement pas compatible si je veux rester connectée à mon environnement et mon époque. En fait, il me semble nécessaire de replacer un terme dans son contexte pour en comprendre tous les tenants et les aboutissants. Sans chercher à obtenir une étiquette que ce soit celle de yogini ou autre, il serait peut être pertinent de souligner qu’un engagement honnête doit être adapté à son temps et son époque à moins de devenir ermite ou isolée. Le contexte n’est pas une excuse mais un moyen d’élargir le spectre des définitions et de permettre à plus de personnes de se retrouver dans des règles yogiques sans les percevoir comme inaccessibles et de là décourageantes.

Comme chaque personne peut être dit « cuisinier » ( que ce soit juste pour recevoir, dans son restaurant ou au quotidien à la maison) ou « joueur de tennis » ( que ce soit à toutes les vacance, que le dimanche, ou 3 fois par semaine), tout le monde a le droit de se dire pratiquant de yoga s’il est honnête avec lui même, respectueux et impliqué dans sa pratique.

Alors si je n’ai pas la vie d’une yogini, si je n’ai pas le mode de vie idéal, je continue à ne pas avoir une vie à la mode des pratiquants de yoga mais une vie de yoga adaptée à moi. J’aimerais de tout coeur qu’aucune étiquette ne soit donnée alors que cette pratique apprend à accepter ce qui vient à l’instant présent sans se projeter, exige de soi-même sans s’exclure en cas de manquement.

L’idéal du yogini est aujourd’hui galvaudée et abîmée. C’est un processus personnel qui me peut nous porter loin sur le chemin de la connaissance de soi mais qui ne permettra jamais d’accrocher un trophée de plus à son mur.

Travail sans fin, apprentissage sans relâche, abnégation perpétuelle, la yoga est une voie qui me façonne plus qu’elle ne me définit.

« Le yoga est presque toujours considéré comme une philosophie ou une voie, mais très peu de gens savent que le yoga est aussi un art. Aucun artiste ne peut définir son art : seul l’art lui-même – et non les mots – peut exprimer la nature de l’art. » B.K.S Iyengar, extrait de l’Arbre du Yoga.

 « À nouveau, je citerai mon grand-père. Il a dit un jour que la vie était comme l’Amazone. Tout comme le fleuve, elle s’écoule avec force et dynamisme. On doit vivre sa vie de cette façon. Pour moi, cela résume parfaitement le yoga. Oui, le yoga vous donne la santé physique et mentale ; oui, il fait naître en vous la spiritualité et les principes philosophiques ; mais il doit aussi faire de vous un être joyeux. Il doit faire de vous un être humain capable d’accepter et partager la joie. Car le yoga ne signifie pas l’isolement et le renoncement. C’est ce que mon grand-père a montré. Car bien qu’on lui ait offert le titre de sannyasin et qu’on lui ait conseillé d’aller dans l’Himalaya, de pratiquer tapas et de renoncer à la vie de ce monde, il a dit non. Pour lui, la vie ça voulait dire vivre. En un mot, je dirais que l’on doit aussi voir cet aspect dans le Yoga IYENGAR®. Oui, il y a beaucoup de discipline, d’acuité et d’introspection, mais il y a aussi la joie. Si tous ces aspects sont réunis, alors l’apprentissage est équilibré. » Abhijata Iyengar, https://www.afyi.fr/Abhijata-Iyengar-Le-yoga-doit-faire-de-nous-des-etres-joyeux.html

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