Repos et Sadhana

Sadhana se traduit littéralement par « le moyen d’accomplir quelque chose ». Il s’agit d’avoir une pratique régulière, une habitude de vie, pour en apprendre quelque chose chaque jour. Elle est habituellement présentée comme un moyen de dompter son ego et d’intégrer des habitudes de vie plus saines, souvent liées à une pratique spirituelle.

En yoga, il s’agit d’une pratique quotidienne, idéalement réalisée aux toutes premières heures de la journée, avant même le lever du soleil pour développer sons système sensoriel. Pour moi, il s’agit de suivre quelques rituels ayurvédiques, puis d’éveiller mon corps et mon mental à travers asanas, pranayamas et méditation. Enfin, ça c’est le plan de base…!

Depuis plusieurs années, 97% de mes matinées sont rythmées par cette Sadhana. Elle m’apporte bien-être, douceur et confiance envers moi-même comme envers mes proches, une reconnaissance envers mon corps, et envers mon mari qui a accepté de ne plus râler en me voyant me lever avant l’aube, sans différence de jour et de week-end… C’est une bulle d’intimité qui permet de me connecter à moi-même avant le tumulte de la journée qui grignote souvent les projets de pratique de fin de journée. Le matin quand la maison est endormie, c’est un plaisir de profiter de ce calme, de cette ambiance si particulière où tout est encore possible, tout est encore à faire. J’ai comme l’impression d’avoir une longueur d’avance sur ma journée que je pourrais accomplir sereine et bien ancrée.

Cependant, le plan idéal est rarement en adéquation avec la réalité. Cette Sadhana est souvent précipitée et tous les objectifs que je me suis fixés ne sont pas atteints. La Sadhana complète serait d’avoir une pratique lente du plan de base puis d’y ajouter autre chose, comme un temps d’écriture par exemple, ce qui n’est possible que rarement, lors de certaines les vacances…

Ce rituel ne recouvre donc pas chaque matin la même saveur et la même profondeur mais à chaque fois, je m’efforce d’y trouver assez de ressources pour m’équilibrer et amorcer une bonne journée. Mais c’est aussi là, que souvent, l’exigence, un peu trop forte envers moi-même se développe, l’insatisfaction s’installe et l’auto-critique trouve ses racines pour la journée. Ma Sadhana peut ainsi tout changer: mon énergie, mon humeur, mes croyances en moi et envers le monde dans lequel je vais passer ma journée…

Elle est à tel point devenu un rituel, essentielle que m’en défaire est devenu compliqué. Pourtant je ne cesse de me poser ces 3 questions qui tournent toutes autour de la notion de changement et de son acceptation:

  • Comment ne pas tomber dans une routine et savoir répondre au besoin présent de son corps et de son esprit, sans craindre de ne pas faire aussi bien que la veille ?
  • Comment accepter de ne pas pouvoir la suivre certains jours quand c’est imposé par des circonstances de la vie?
  • Comment suspendre ce rituel de façon délibérée et joyeuse?

Alors que la définition même de Sadhana implique une attention quotidienne, comment accepter et intégrer la coupure nécessaire? Si les occasions de besoin de sommeil, de vacances, et surtout de voyages sont des moments parfaits pour sortir de ce rythme, ils sont imposés à nous. Les accepter en revient à faire preuve de sagesse et d’acceptation, ce n’est pas un choix propre et surtout c’est ponctuel.

Le changement durable qui m’apparaît nécessaire aujourd’hui est la conséquence de l’entrée dans mon 9ieme mois de grossesse, avant l’arrivée de mon 2ième enfant. Toutes les grossesses sont différentes et je dois bien accepter aujourd’hui que la fatigue s’est installée, les siestes ne sont plus un luxe pour arriver au bout de la journée avec enfant n°1 plein d’énergie! Ainsi, les pratiques matinales sont plus difficiles, moins longues et plus méditatives, voire (rarement) absentes. Ce changement est une conséquence à la fois imposée: mon corps subit les effets de la fin de grossesse; et décidée: je souhaite profiter de cet appel au repos et accueillir mon numéro 2 en forme. Et je sais que cette mise entre parenthèses n’est qu’une préparation aux prochains mois…Mais comment appréhender ma Sadhana sans régularité et avec un processus incomplet?

Tout d’abord, je me rappelle que déjà dans le mois, les femmes ont une pratique évolutive selon leur cycle. Puis, je réalise aussi que cela fait 9 mois que ma pratique d’asanas et pranayamas change, s’adoucit. Enfin, je me remémore chaque jour que tout est impermanence et qu’il faut savoir accepter ce qui vient pour trouver en toute chose ce qui est positif pour moi.

Ainsi, je comprends que cette maternité est un nouvel appel à décrocher d’une Sadhana peut-être trop stricte, qui appelle à plus de flexibilité. Cela est un appel à mieux faire parler mes sensations et émotions pour moins appliquer le rituel qui, avec l’habitude, perd sa puissance.

Je pense que nous sommes plusieurs à nous laisser vite envahir par la culpabilité de ne pas bien faire, assez faire, faire aussi bien qu’hier et moins bien que demain… pourtant la vie me ramène incessamment à cela: s’aimer et faire de son mieux, tout simplement.

Alors ma Sadhana perd sa régularité mais elle change en fait de profondeur, m’en éloigner me permet de la redécouvrir et de la faire évoluer. Le repos ne m’apparaît pas comme une antithèse, bien au contraire, pour moi il en fait partie; il nourrit ma Sadhana et j’en sors grandit.

Chaque jour je la construis et recherche à la faire évoluer avec moi. Chaque fois, je m’auto rassure dans ma sempiternelle auto critique pour être plus conciliante avec moi-même. Aujourd’hui, je me demande ce qu’il se passe dans l’intimité matinale d’autres yoginis. J’aimerais savoir si d’autres s’évaluent sans cesse comme cela? Si mon progrès est surtout à faire sur le détachement, le relativisme et le contentement?

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